Confidences – Ma vie auprès d’André Moreau

Journal 1994 –  2 Octobre 

Toute jeune, un sentiment très fort me disait que j’étais différente des autres enfants de mon âge. Mais peut-être que tous les enfants éprouvent cette sensation ! Je ne sais trop. En tout cas, j’étais consciente de mes pensées. Mais pensais-je vraiment ou me livrais-je plutôt à une folle rumination ? Sans doute le signe astrologique du Scorpion m’a-t-il toujours incitée à des introspections sans fin ? 

Pas du tout sportive, toujours la dernière à être choisie durant les récréations lors du tri des équipes de ballon-chasseur, je me sentais souvent humiliée. Fort heureusement, une petite voix me rassurait et me confirmait que j’étais exceptionnelle en dépit de mes maladresses physiques. Cette confiance inexplicable que je ressentais au plus profond de moi-même m’empêchait de sombrer dans l’autodestruction ou l’apitoiement. C’était comme une force tranquille qui me soutenait et m’apaisait. Elle ne m’a jamais abandonnée, même dans mes plus grandes difficultés. Était-ce mon être qui me faisait sentir sa présence ?

De dix-sept à dix-neuf ans, au cours d’une grande crise d’identité, alors qu’une partie de ma personne se battait en pure perte contre l’autre partie pour essayer de découvrir la Vérité (qui suis-je ? que fais-je ? où vais-je ?), j’ignorais complètement que la seule véritable question à se poser était « Suis-je ? », puisque sans l’être il n’y a rien.  Enfin… si je me fie maintenant aux dires d’André à ce sujet. Je dois y réfléchir sérieusement.

C’est vers cette époque que je commençai à m’intéresser à tout ce qui relevait de la motivation à l’américaine, du Nouvel Age et de l’ésotérisme. Dans ma recherche effrénée du Savoir absolu, je croyais que ces tendances représentaient le nec plus ultra de la connaissance. Il faut bien partir de quelque part ! Je sentais pertinemment qu’il y avait quelque chose de vaste en moi que je devais laisser grandir pour pouvoir m’accomplir pleinement, mais j’ignorais à ce moment-là qu’il pouvait s’agir de mon être. Dès que j’entendis André en parler la première fois, je « sus » au fond de moi que ce philosophe pouvait apporter des réponses à mes questions. Ne dit-on pas que le maître se présente lorsque l’élève est prêt ? Pour être prête, je l’étais !

Je comprends aujourd’hui que ma personne endormie aspirait profondément à l’éveil. Bien sûr, je ne savais pas que je dormais à poings fermés ! Je vivais normalement comme tout le monde, je travaillais, prenais des vacances, étais sous l’emprise de la loi générale avec sa conscience morale et ses principes fonctionnels. Pourtant, il y avait toujours ce « quelque chose en moi » qui souhaitait faire partie de la loi d’exception et vivre à la verticale du monde… même si je ne savais pas encore exactement ce que cela signifiait. C’est ce qu’André appelle la précompréhension ontologique.

Maintenant que je sais que je dormais, est-ce que je dors encore aujourd’hui ? Comment puis-je le savoir?

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Journal 1994 – 11 Décembre.

Francine « la Déesse », cette femme rieuse et sage, d’une belle simplicité, aussi cultivée que douce et ferme dans ses décisions, m’a encore reçue à souper hier soir comme elle le fait régulièrement tous les dimanches depuis plus de six mois. À table, j’essaie de me mêler à la conversation qu’elle entretient avec André et Yves (son second compagnon) sur les sujets les plus variés qui vont de la philosophie à l’actualité. Chaque repas constitue un événement où je prends plaisir à découvrir de nouvelles connaissances. À la lueur des chandelles et au son d’une musique douce, des plats savoureux accompagnés d’un verre de vin ponctuent notre bonheur d’être ensemble. Dans cet appartement lumineux où l’harmonie semble avoir pris naissance depuis le début des temps, entre ces murs couverts de livres et ces plantes vertes bien entretenues, j’ai toujours l’impression en leur présence d’être au paradis en compagnie de dieux qui festoient. Je me sens si privilégiée de pouvoir vivre auprès d’eux !

Comment se fait-il que les gens ne voient pas qu’André apporte un nouvel art de vivre et que cela est palpable dans l’atmosphère qu’il créé autour de lui ? Ces misérables qui ne comprennent pas son langage à la télévision le croient drôle alors qu’il est sage. Mais… si le Jardin des délices existait vraiment sur terre ?

 

 

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