Chapitre 12

Assis confortablement, mais un peu épuisés par l’alcool, le soleil et les activités de la journée, nous ne dîmes mot pendant quelques minutes.

   Dieter m’offrit une cigarette. Moi, la non-fumeuse, je l’acceptai.

   Il faisait encore chaud, je me sentais bien. J’éprouvais le goût de tout me permettre. Il me dit sa joie de me voir chez lui, raconta son vécu, ses aventures passées, ses extravagances de jeunesse. Je l’écoutais attentivement.

    __ You know Jennifer, je pense qu’il ne nous reste que très peu de temps à fivre sur cette planète, before que l’esprit de celle-ci ne soit totalement détruite, me dit-il soudain sur un ton sérieux. That means, poursuivit-il sans faire trop de cas de mon étonnement, que le temps nous est compté si l’on feut entreprendre le trafail de conscience qui nous donnera accès à la liberté. La plupart des gens fifent dans l’ignorance de cette réalité, but me, I’m sure que nul ne sera libre, dans l’afenir, si nous ne faissons rien pour remédier à la situation.

    __ Je vois que tu as de la suite dans les idées, si je me réfère à notre première rencontre! Alors, puisque tu sembles disposé à ne rien m’épargner de tes obsessions, explique-moicomment tu vois les choses. De cette façon, je pourrai te contredire si j’ai des vues différentes des tiennes. Cela meublera nos moments d’ennui! ajoutai-je, moqueuse.

     __ À tes risques et périls, alors! Tu m’y encourages, so, c’est toi qui l’auras foulu, reprit-il de son air astucieux. You see, I think that the extraterrestres y sont pour quelque chose : ils sont là à nous regarder, à nous épier constamment. Ils forment deux groupes distincts, très différents dans leur motifation.

    __ Intéressant.

    __ The first one, enchaîna-t-il sans se soucier de mon allusion ironique, sont des êtres d’une grande luminossité : ils nous éclairent et nous guident, par l’intermédiaire de personnes qu’on appelle sages, philossophes ou chamans. Ils nous prodiguent leur enseignement, ils nous oufrent la foie fers la Connaissance. But, nous fermons les yeux, nous nous bouchons les oreilles, we don’t want to know! Nous préférons nous complaire dans l’illussion de la sécurité que nous garantissent nos goufernements ou toute autre autorité afide de nous prendre en charge. Nous leur laissons le droit de penser à notre place! Nous recherchons désesspérément un confort que nous payons pourtant très cher par la sueur de notre front, par la banalité d’une fie bien rangée, si ce n’est par la complaissance dont nous faissons preufe enfers ceux qui serfent le mieux la médiocrité ou le poufoir. Bref, endormi, l’homme se laisse abrutir : il se soumet aux lois et même, pire, il les soutient sans se rendre compte qu’il perd graduellement sa liberté.

    __ Continue, ça devient passionnant! lui lançai-je en le taquinant, curieuse toutefois de savoir jusqu’où il s’aventurerait dans cette voie.

    __ Quant aux seconds, continua-t-il en anglais, faisant fi de mes railleries, ce sont ceux-là justement qui encouragent, par l’intermédiaire de personnes avides de prestige ou de puissance, les notions de sécurité, de confort ou de banalité. Ce sont des êtres de pouvoir : mesquins, usurpateurs, dominateurs, autoritaires et dictateurs sous leur masque de bienveillance, ils jouissent et se nourrissent des faiblesses des hommes et de leur ignorance. Ils savent que les émotions troublées qu’entraînent le manque d’estime de soi, l’insécurité, la haine soutenue, les préjugés, le mépris pour les libres-penseurs, l’envie ou la jalousie, éloignent l’homme de lui-même. Un homme qui ne s’appartient pas est facilement contrôlable. Ce sont eux qui nous font don de leurs connaissances techniques, conscients qu’une société automatisée fourmille d’individus dont la faculté de penser ne vaut guère mieux que celle d’une machine. Est-ce que tu savais que ce sont eux qui ont envahi la Terre il y a plusieurs millénaires? me demanda-t-il promptement.

     __ Ah! Ça, là, tu m’impressionnes!

     __ Et si je te disais que ce sont eux, aussi, qui ont abandonné sur la planète les individus récalcitrants qui refusaient de faire la courbette devant les autorités dictatoriales – sans doute les plus avisés et les moins ignorants parce qu’ils devenaient de ce fait dangereux pour le système en place. Pour les punir, ils leurs retirèrent leurs gènes d’immortalité et ce sont ces derniers que nous appelons aujourd’hui les « êtres humains » : nous, les mortels qui souffrons, vieillissons et mourons!

   » Heureusement, nous sommes arrivés à l’aube de l’Ère du Verseau, ajouta-t-il après un moment de silence que je me gardai de rompre, à une époque où la Connaissance pourrait se déverser sur nous comme l’hydromel d’une corne viking. Mais l’humanité est-elle prête à recevoir la Connaissance? L’humanité veut-elle de la Connaissance? Lorsque les gens de cette Terre auront appris à briser leurs chaînes, à prendre leur vie en charge malgré le système qui tente de les abrutir, alors, et alors seulement, ils connaîtront la liberté et… l’immortalité.

   » Regarde toutes ces guerres qui n’en finissent plus de par the world, poursuivit-il en français cette fois-ci, afin de me permettre de saisir plus facilement ses propos. Tous ces gens qui se tuent pour un bout de territoire, une idéologie mystique ou un gramme de cocaïne! Regarde le sida qui s’étend à la surface de la planète, maladie bien orchestrée dont des milliers de gens souffrent, ce qui constitue encore une excellente source de nourriture pour nos fisiteurs indéssirables. Regarde comme nous defenons de plus en plus contrôlés par the big machine qui nous anesthéssie sans même que nous nous en doutions. Very soon, l’argent disparaîtra et sera remplacé, en totalité, par des cartes de crédit, sur lesquelles seront codifiées toutes nos données jusque dans les moindres détails. L’intimité n’exisstera plus. Même le mot « intimité » sera devenu un mot déssuet.

   » On nous habitue tranquillement, subtilement, reprit-il en anglais, à la présence des caméras dans les supermarchés, sur les autoroutes, dans tous les endroits publics, sous prétexte qu’elles nous protègent contre le vol ou les méfaits quelconques des automobilistes en fuite. Bientôt, les caméras seront partout, même dans nos maisons! Nous serons « fichés » sur des ordinateurs et, tel du bétail enchaîné dans des enclos invisibles, nous ne serons plus qu’une immense société d’ilotes au service de quelque autorité mondiale. L’homme ne sait même plus penser par lui-même! L’homme est une marionnette entre les mains de gens très brillants qui le manipulent à leur guise : il est devenu un esclave et ne s’en doute même pas. Il est grand temps qu’on le réalise avant qu’il ne soit trop tard, conclut-il.

     __ Ouf! Ça fait beaucoup en même temps! repris-je. Laisse-moi un peu réfléchir à tout ça. Oui, je suis d’accord avec toi sur certains points. Le système bouffe notre liberté et notre autonomie. Notre argent aussi! Les gens travaillent toute leur vie comme des forçats, faisant du travail leur priorité, sans se rendre compte, qu’une fois morts, ils n’auront vécu que pour enrichir les gouvernements. Les gens ont cru longtemps qu’il fallait travailler à la sueur de leur front pour mériter leur ciel : belle invention de l’Église qui, à une époque, faisait la pluie et le beau temps de concert avec les puissants. Les temps ont changé mais, effectivement, les croyances sont restées. Bien sûr, la vie telle qu’elle est aujourd’hui nous semble totalement absurde avec toutes ces guerres, ces maladies, ces virus et le reste, mais tu vois, je conçois qu’il en est ainsi parce que cela correspond aux pensées des hommes.

     __ Aux pensées des hommes? fit Dieter, étonné d’une telle réplique.

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