CONFIDENCES – MA VIE AUPRÈS D’ANDRÉ MOREAU   —
Déesse 
J’ai au cœur de ces contractions
Signes d’une intemporelle passion
L’ambition d’un amant d’exception

Tu m’inspires de tels soupirs
Pour le meilleur, qu’est-ce que le pire
Ton nom, la nuit, m’inspire

Te faire l’amour est mon absolu
Et que pâlissent mes trips de cul
Je serai grand pour t’avoir plu

Je te donne toute mon éternité
Je t’offre mon Être par pure volupté
Tu es l’Impératrice incontestée

Crois-tu à la mort, à l’oubli, au temps
Je ne serai jamais autrement
Qu’ici et maintenant… ton Amant 

Aramis, le poète fougueux, le séducteur romantique, le mousquetaire à la plume aiguisée, notamment quand il s’employait à dénoncer les manipulations sournoises du système et les préjugés des bien-pensants, Aramis qui savait parfaitement comment assumer sa liberté me courtisa pendant six mois, rose rouge et poème en main, avant que je me décide à répondre à ses avances. Le poème transcrit plus haut fut le premier qu’il me consacra.

Il m’émouvait beaucoup pourtant, ce jeune homme de vingt ans mon cadet. En plus d’être beau, il était talentueux. Il savait que j’aimais la poésie et aussi, par le fait même, comment me séduire! Chaque quinze jours, ou à peu près, j’entendais sonner à ma porte sans qu’il y eût quelqu’un lorsque j’ouvrais. Mais une rose rouge et un poème écrit à la main sur un beau papier enroulé et encerclé d’une boucle de satin avaient été déposés par terre. L’auteur de ce geste romantique avait déjà pris la poudre d’escampette par les escaliers de service avant même que je puisse le voir.

Un jour, lorsque j’ouvris la porte, il se tenait là debout devant moi, la rose entre les dents et le poème dans une main, me souriant. Avec émotion il me remit ses présents, puis il m’implora de le recevoir, comme l’eût fait au Moyen Âge un preux chevalier envers sa dame.

Mais cette journée-là je manquais de temps, mon horaire s’y prêtait mal, peut-être aussi que le coeur n’y était pas vraiment. Non pas qu’Aramis me déplût, bien au contraire ! il était même très attirant. En réalité, je ne me sentais pas prête à entreprendre quoi que ce soit de nouveau sur le plan sentimental ou sexuel. Je n’avais plus l’esprit à la fête. Ce qui m’importait avant tout, c’était de refaire mon unité, de prendre soin de ma « femme sauvage ».

Je ne pus en définitive que le remercier de son affection si touchante en le congédiant bien aimablement. Enfin, si tant est qu’il soit possible de poser un tel geste se voulant aimable en une circonstance pareille ! Il n’insista pas. Mais il est bien difficile de ne pas être ému par une déclaration aussi attendrissante, n’est-ce-pas?

Depuis l’arrivée de Luigi au Québec, nul autre homme que lui à part Moreau n’avait encore eu droit à mes faveurs. Non que je me fusse refusé de nouvelles aventures par principe (j’étais une femme libre), mais je ne me voyais tout simplement pas entamer une troisième relation amoureuse. Outre le temps que j’accordais à Moreau et à Luigi, il y avait mon roman qui occupait une grande partie de mes journées, ma cocotte, mes lectures… Ma vie était bien remplie.

Mais le jeune poète m’émouvait. Les regards chauds si intenses qu’il m’adressait, la hardiesse qu’il mettait à vouloir me séduire, tous ses poèmes pleins de ferveur qu’il composait pour moi n’étaient pas sans me troubler. En outre, peut-être un petit penchant pour la romance subsistait-il au fond de moi, ce qui m’incitait à alimenter celle-ci, précisément en… refusant l’offre de mon preux chevalier ! Comme une muse se doit de nourrir l’espoir et les rêves de son ardent admirateur, ne lui fournissais-je pas ainsi, d’une certaine manière, l’opportunité de cultiver ses talents poétiques?

Un jour, Aramis se présenta à la porte de mon appartement, la rose et le poème en main, offrandes qu’il me remit avant de m’implorer à nouveau de le recevoir en me baisant la main. Son regard fiévreux, quelque peu mouillé par les émotions intenses qu’il ressentait en lui, eut enfin raison de moi. Je le fis entrer, ma cocotte sur nos pas, puis je le conduisis à ma chambre à coucher. Sans plus tarder il me prit les mains et me déclara, avec ferveur, que je faisais partie de ses rêves les plus doux, les plus grands.

À suivre…

Extrait du second tome de mon roman Le Mirage corse (à paraître).

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