CONFIDENCES – MA VIE AUPRÈS D’ANDRÉ MOREAU

« Mais que fait-il donc auprès d’elle ? » demandai-je à la « Déesse » un jour qu’André allait rejoindre dans l’intimité une femme que je ne pouvais supporter. Lui un super génie, un philosophe avec un système de pensée élaboré, un écrivain prolifique, le plus grand conférencier du Québec et en outre un lecteur de visages, que pouvait-il trouver à cette mégère ? Je n’en revenais pas ! Était-il à ce point hypnotisé par sa poitrine plantureuse (presque surdimensionnée!), qu’elle s’était fait faire uniquement dans le but de lui plaire ?

Cela se passait peu de temps après ma rencontre avec André. Mon ouverture d’esprit n’en était pas encore à son point culminant.

Après avoir fait la connaissance de la « Déesse » et de la typographe, deux belles femmes cultivées, articulées et gentilles qui m’avaient accueillie avec chaleur au sein du partnership amoureux ouvert, j’avais été confrontée deux semaines plus tard à la tigresse. « Tu ne me voleras pas mon homme ! » avait-elle aboyé en me menaçant de me sauter dessus si je ne disparaissais pas immédiatement de sa vue. Quelle horreur ! Et pourquoi donc parlait-elle de ‘’son‘’ homme, alors qu’en réalité elle faisait partie comme moi et les autres femmes d’un réseau amoureux libre et ouvert auprès du philosophe ? Je ne comprenais plus rien ! L’énergie insupportable de cette femme ne cadrait vraiment pas avec l’idée que je me faisais de l’harmonie et de la douceur de vivre. Or, tandis que j’aspirais à l’éveil par le recours à cette philosophie, voilà qu’au contraire je me sentais en plein cauchemar.

Je m’étais rapprochée d’André par amour, mais aussi pour comprendre son enseignement qui suggère l’ouverture dans les rapports amoureux afin d’en arriver à convertir la jalousie en une compréhension susceptible de nous aider à accéder à une plus grande expansion de notre conscience. L’éveil n’a rien à voir avec l’idée qu’en donnent les réseaux sociaux ou certaines personnes bien intentionnées quoique ignorantes qui nous bombardent de leurs bons sentiments teintés de lyrisme sentimental ésotérique. Tant qu’une personne n’a pas éprouvé de choc émotif susceptible de l’inciter à remettre en question toute sa vie (et encore là, cela ne garantit pas l’éveil !); tant qu’une personne ne se sent pas profondément dérangée dans ses convictions ou croyances ou tant qu’elle n’aspire pas de toutes ses forces à l’éveil, rien ne peut se passer.

Après un divorce et à nouveau libre, je me sentais prête à explorer diverses avenues sur le plan amoureux. Cette philosophie du bonheur me semblait alors parfaite pour recommencer ma vie sur de bonnes bases. En tous cas, l’idée de partnership me plaisait et les deux compagnes principales du philosophe me donnaient à penser que si des femmes de cette envergure acceptaient de vivre de cette façon, c’est qu’il y avait certainement dans ce mode de vie quelque chose d’enrichissant.

Mais… l’autre femme, la rousse flamboyante au corps sculptural et à la poitrine  monstrueuse, l’exhibitionniste de première, l’hystérique, la jalouse qui m’avait presque agressée physiquement, que faisait-elle celle-là auprès d’André depuis cinq ans déjà ?

Tout philosophe digne de ce nom s’éprend de façon générale d’une femme mature et sérieuse, très raisonnable et conformiste, pas forcément belle et encore moins voluptueuse, ces ‘’qualités’’ se trouvant à renforcer sa propre crédibilité. Or, si compter plusieurs femmes dans sa vie n’a rien de conventionnel pour un philosophe, du moins la beauté, l’intelligence et les connaissances des principales compagnes d’André ne pouvaient en aucune façon amoindrir sa crédibilité. Mais… pouvait-on en dire autant de la tigresse ?

Eh bien, il me faut ici confesser que comme tant d’autres qui sont prompts à porter des jugements sévères sur quelqu’un, je me laissais récupérer par des préjugés qui n’étaient certes pas à mon honneur. Parce que, voyez-vous, non seulement cette femme était intelligente et possédait une certaine culture, mais elle était la générosité en personne. Elle aurait donné sa chemise pour quiconque dans le besoin et elle avait pris grand soin de la vieille mère d’André dans ses dernières années de vie alors qu’elle était malade et aveugle. Elle aimait réellement son philosophe et lui était restée fidèle malgré les menaces d’une autre femme qui lui avait fait la vie dure quelques années auparavant. Delà sa méfiance accrue envers les nouvelles conquêtes du philosophe.

Eh oui, elle comme moi, comme toutes les autres femmes auprès d’André et aussi comme celle ‘’qui lui avait fait la vie dure’’, nous étions à l’école des émotions. Partager sur le plan amoureux et sexuel la personne qui nous fait vibrer n’est pas une mince affaire. C’est très difficile à vivre. Mais celui ou celle qui y parvient par suite d’un travail d’harmonie sur lui-même en arrive non seulement à se libérer du poids que la jalousie et la suspicion peuvent engendrer dans l’esprit, mais à se protéger également d’une éventuelle trahison car, qui voudrait se séparer d’une personne qui accepte de nous laisser libre à ce point à ses côtés ?  En outre, et cela n’est pas le moindre, fleurit alors en nous une confiance incroyable, telle qu’elle nous prépare à la conversion de notre personne en ce qu’elle a à être, une confiance qui nous ouvre les portes sur toutes les possibilités.

Or, bien que mon expérience avec la tigresse n’ait pas été de tout repos, je ne peux que remercier cette dernière aujourd’hui pour avoir joué un rôle crucial dans ma vie. Je peux avouer maintenant en en riant qu’elle me dérangea suffisamment sur le plan émotionnel pour que j’entreprenne ce fameux travail de conscience sur moi-même qui était nécessaire à la construction de mon centre émotionnel supérieur, à mon ‘’ agrandissement du dedans ‘’.

Nous rencontrons tous à un moment ou l’autre de notre vie un tyran, une personne qui nous dérange au plus profond de nous-même, qui tente volontairement ou non de nous faire dévier de notre voie ou qui nous incite à remettre en question notre propre confiance ou notre sérénité. Castaneda dirait que nous venons de rencontrer notre allié. Soit à cause de lui nous nous effondrons, nous perdons tous nos repères et nous sortons vaincus de l’expérience, soit grâce à lui en déployant toute notre envergure pour lui faire face nous devenons plus fort, plus solide, voire dès lors inébranlable comme un roc.

En réponse à ma question du début concernant la tigresse, la « Déesse » ce jour-là m’avait répondu en riant : « Mais, tu devrais la voir l’été en bikini. C’est tout un spectacle ! » Dans le sens où Castaneda l’entendait, cette femme spectaculaire avait incontestablement tout pour être ‘’mon alliée’’ !

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