CONFIDENCES – MA VIE AUPRÈS D’ANDRÉ MOREAU

À 21 ans, je me suis dit qu’un jour j’écrirais un livre. Naturellement, je me disais aussi que ce serait un livre important qui me permettrait non seulement de donner un coup de pouce à l’humanité (pourquoi ne pas rêver ?), mais aussi de laisser mon empreinte en témoignage de mon passage sur cette belle planète. Cela faisait sûrement partie de mon destin, je ne pouvais en douter ! Alors… j’ai commencé à écrire.

Jusqu’à l’âge de 38 ans, j’ai bien dû jeter des centaines de pages manuscrites au panier ! Sans regrets, puisque bien malgré moi je ne faisais que tourner en rond avec des mots qui se suivaient à la queue-leu-leu et qui ne menaient à rien. Découragée devant un si piètre résultat, j’en arrivai un jour à oublier ce ‘’phantasme littéraire ’’ qui m’avait pourtant interpelée grandement à une époque.

Et puis, un jour, je me suis approchée d’André Moreau, un philosophe mu par une pensée profonde qui était également écrivain. Il n’y a jamais de hasard ! Comme je l’ai déjà dit, souvent au crépuscule, l’été, quand il faisait beau et chaud, nous nous promenions sur la terrasse de l’immeuble en faisant les cent pas, tandis qu’André me parlait philosophie ou littérature, mais également très souvent de l’importance d’avoir une œuvre pour se réaliser. Avoir une grande Idée et l’actualiser par le recours à la création nous aidait à nous lever avec sérénité le matin, me disait-il, nous empêchait de nous diluer et de perdre notre temps et notre énergie dans des activités souvent abrutissantes, stimulait en nous le goût de nous inventer et par le fait même de nous cristalliser en devenant réellement ce que nous étions capables d’être. Tout cela résonnait fort en moi et faisait du sens, mais, quel genre d’œuvre pouvais-je bien accomplir, me demandais-je souvent. Je n’avais aucune idée de ce que pouvait être ‘’ma’’ grande Idée et encore moins de mon oeuvre à venir.

D’une manière naïve et gauche, je commençai bientôt à mettre sur papier ce qui relevait de ma nouvelle existence auprès d’André. Sans vraiment le réaliser, je travaillais à ce qui devait plus tard constituer le premier tome de mon journal à être publié un jour. Ensuite, ce fut au moment où revenant de France, après avoir quitté André et connu des problèmes sentimentaux auprès d’un homme dont j’étais tombée amoureuse, que j’ai réellement débuté – encore là, comme par inadvertance ! – ma carrière d’écrivain. Ce qui au départ devait être un autre type de journal susceptible de m’aider à voir plus clair dans la situation confuse où j’avais plongé tête baissée, devint en fin de compte le premier tome de ma trilogie romanesque.

« Colle à la réalité ! », me répétait André. « Dis les choses telles qu’elles sont. N’essaie pas d’embellir le contexte ou de te montrer différente de ce que tu es. Sois intègre ! Relate ton histoire telle que tu l’as vécue avec tes grands moments de bonheur, tes inquiétudes, tes craintes et tes angoisses. Sois vraie ! Ne crains pas non plus de blesser ceux que tu as côtoyés en disant la pure vérité à leur sujet. Ne fais pas des autres le critère de tes actes et ne te corrige pas pour éviter de déplaire à ta famille. Un écrivain se doit de respecter son art sans faire de compromis. Ceux qui le côtoient doivent s’attendre à ce qu’il fasse leur portrait. Raconte ce que tu ressens, comment tu vois les choses, sans tenter de les arranger pour les rendre plus acceptables. » C’est ce que j’ai fait, autant dans mon journal que dans mon roman, ce dernier décrivant ma vie ‘’réelle ‘’ avec le plus d’exactitude possible.

Je dois avouer que j’en ai pleuré un coup. Non par nostalgie du passé, mais en constatant la faiblesse de mon écriture. Notamment quand j’avais le malheur de lire certains extraits de mes écrits à André et qu’il avait peine à se retenir de pouffer de rire devant mes tournures de phrase maladroites, mes défauts de ponctuation ou mes expressions enfantines.

Oh oui, j’en ai bavé ! Je voyais parfaitement mes déficiences, du moins, j’arrivais à les percevoir quand André me les montrait, mais apprendre à mieux écrire était une tout autre affaire. À moins d’être un virtuose de la plume pour qui l’écriture n’a aucun secret, ce qui n’était pas mon cas, le métier d’écrivain m’apparut vite comme un art très exigeant en observations, en réflexions et en concentration. Or, entre mes crises de larmes, et parfois de joie à voir André apprécier quelques-unes de mes formulations, j’apprenais le métier. Au fur et à mesure que j’écrivais, ma confiance se développait, mon style se précisait. Et surtout, ma grande Idée se clarifiait : parler du jovialisme, promouvoir cette philosophie du bonheur par mes écrits, m’associer à l’œuvre d’André et m’afficher publiquement à ses côtés comme étant une de ses compagnes de vie !  Ces questions prirent de plus en plus de place dans mon esprit. Je venais de trouver ma grande Idée, et elle passait par l’écriture.

M’identifier à ce que je croyais être le plus élevé et le plus riche sur le plan mystique a donné un sens à ma vie. Depuis, je ne me suis jamais ennuyée, car à travers mon œuvre en devenir, c’était Moi que je construisais, solidifiais et immortalisais. Et il en est toujours ainsi.

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