CONFIDENCES – MA VIE AUPRÈS D’ANDRÉ MOREAU

Des femmes… auprès de l’homme que j’aime ? Oh oui, on peut dire que j’en ai côtoyées ! Et c’est toujours le cas pour mon plus grand bonheur, car j’en ai fait mes amies.

Des jeunes (quelques-unes étaient de 20 à 35 ans plus jeunes que lui), des femmes de son âge, des moins jeunes, des femmes au corps effilé, d’autres plus en chair, des professionnelles, des femmes de métier, des ménagères, des femmes instruites, d’autres qui n’avaient que très peu d’études, des femmes sophistiquées, calmes, réservées ou soumises, et d’autres encore qui étaient davantage exubérantes, hystériques ou même dominatrices.

Si différentes qu’elles étaient les unes des autres, elles avaient toutes cependant un attribut commun : elles prenaient soin d’elles et étaient belles ! En fait, je dirais même qu’elles le devenaient de plus en plus à ses côtés, car les compliments si personnels et si voluptueux qu’il leur adressait (vous connaissez son vocabulaire !) ne pouvaient que les amener à s’embellir encore plus. Oui, elles étaient féminines et décoratives (de vraies femmes, quoi!), généreuses, intelligentes, bisexuelles pour la plupart et légèrement exhibitionnistes.

Toutes rencontrées dans ses salles de conférence, loin d’être naïves ou sottes, elles appréciaient la lecture, s’intéressaient à la philosophie, à la littérature et à l’histoire. Ce que je constatais souvent, c’était qu’elles avaient aussi de l’intuition, une bonne part d’audace et qu’elles aimaient s’amuser et flirter. Mais surtout, elles cherchaient sincèrement à s’éveiller. Bref, quoique profondément différentes les unes des autres, elles avaient toutes le profil de la femme jovialiste, et regroupées au cours d’un party, elles semblaient toutes avoir été faites pour vivre ensemble. André ne les classait pas par ordre d’importance, de densité ontologique ou de revenus personnels. Certaines n’avaient pas un sou mais se débrouillaient, d’autres ont été des soutiens continuels pour le philosophe et son oeuvre.

Certaines toutefois, bien que ce fût la minorité, ont tenté un trip de pouvoir. C’était à mon sens un peu d’arrogance de leur part, puisque il est bien difficile, pour ne pas dire impossible, de posséder un homme aussi vaste qu’André Moreau ! Heureusement qu’il se complaisait assez facilement à observer jusqu’où les choses pouvaient aller. On devine que ces quelques femmes qui tentèrent de le dominer se cassèrent les dents et que leur relation n’eut aucun avenir. Il n’empêche que leur départ parfois fracassant, après des cris, des menaces, des coups et des injures, laissaient de pénibles souvenirs derrière elles. La lecture du Journal d’un Démiurge, comprenant 33 tomes que j’ai le privilège de pouvoir lire même s’ils ne sont pas encore tous publiés, est éloquente à ce sujet.

André n’a jamais cherché à retenir une femme qui voulait s’en aller (j’en ai été témoin), il allait même jusqu’à lui présenter un autre homme, surtout si elle avait des enfants et qu’elle avait besoin de protection. En ce sens, André ressemble beaucoup à Casanova qui pouvait se montrer généreux envers les femmes qui mettaient un terme à leur relation. Il faut rappeler ici que Casanova était un homme d’envergure, érudit et sophistiqué, contrairement à Don Juan dont le sport favori consistait à pousser les femmes à devenir amoureuses de lui pour les laisser tomber aussitôt et les blesser.

André n’a jamais exigé l’exclusivité des femmes, mais il leur demandait la priorité, ce qui était tout à fait légitime vu qu’il était l’initiateur du réseau. Elles s’entendaient toutes assez bien sur ce point, car il avait pour les attirer à lui et les garder un atout non négligeable : sa personnalité flamboyante, toujours stimulante, invariablement nourrissante au niveau des émotions et très pédagogique. Il enseignait l’amour en faisant l’amour ! Rendant les femmes témoins de la diversité des composantes de leur personne, il leur apprenait à rayonner de tous les côtés au lieu de se laisser prendre au piège de l’amour exclusif.

Le seul problème pour certaines femmes dans cette expérience complexe et ouverte que l’on pourrait qualifier d’aventure intégrale, c’est qu’André a toujours été un éveilleur qui n’a jamais perdu le sens de sa mission sur terre. Auprès de lui, une personne s’éveille ou se brûle, c’est-à-dire qu’elle se met à rayonner, à devenir ce qu’elle est capable d’être et à se maintenir au sommet, ou au contraire, par crainte d’être trop elle-même, se replie encore plus et s’éteint graduellement par incapacité d’assumer son potentiel illimité.

Or, d’après ce que j’ai pu constater, certaines femmes s’en allaient parce qu’elles avaient nourri des ambitions secrètes qu’elles ne pouvaient pas réaliser. Il fallait avoir un bien gros égo pour vouloir posséder un tel homme ou même désirer en avoir des rejetons. Certaines faisaient mine de se couler dans le moule du partnership amoureux ouvert, mais en réalité, elles entretenaient une arrière-pensée de possession et d’exclusivité. C’est là que les choses se gâtaient : André a toujours été prêt à sacrifier un grand amour pour sauvegarder son intégrité et sa liberté ! Et quant aux petits Moreau possiblement dispersés un peu partout, manque de bol, le génie avait subi une vasectomie !

Et moi, dans tout ça ?  Eh bien, après 24 ans passés à ses côtés,  je suis rayonnante de bonheur et je ne peux que me féliciter d’avoir un jour eu le courage de m’approcher de cet homme et surtout… d’y être restée ! Et si certaines personnes n’apprécient pas mes éloges jugés exagérés envers le philosophe, au point de me qualifier de ‘’ groupie ‘’, qu’à cela ne tienne, au fond de moi je sais que je fais exactement ce que j’ai à faire et que l’avenir me comprendra.

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