Subitement, quelque chose d’inattendu se produisit : le moteur s’arrêta net. En pleine mer!

   Nous étions seuls, très éloignés du rivage désormais hors de vue.

   Dieter, silencieux, presque grave, soupçonna quelque anomalie mécanique. Devant mon regard soucieux, Joël me jeta aussitôt un coup d’oeil réconfortant pour me rassurer. Mais peu familière avec la mer, cette sombre et mystérieuse inconnue, j’avoue que, pendant un instant, je me laissai emporter par une vague inquiétude.

   Toutefois, après quelques secondes interminables, lorsque Dieter, toujours sérieux, mais ne pouvant plus continuer de me faire croire à une panne devant le regard espiègle de Joël, éclata de rire, je comprisque tous deux venaient de rigoler à mes frais. Je ne pus que me joindre à eux, ravie du dénouement heureux, même si… hum!

    Désireux de se rafraîchir, Dieter avait eu l’idée d’une baignade et cet endroit perdu lui avait plu.

   Après avoir bien joui de son coup, ce cher grand enfant s’avança alors vers moi et, de manière plus amusée qu’amoureuse, vint déposer sur mes lèvres un baiser des plus suaves. Aussitôt fait, en un geste coutumier, il se lança par-dessus bord pour se retrouver dans l’eau profonde. À la seconde près, Joël plongea à son tour de la même façon.

   Appréciant une telle spontanéité, je ne pus que me plaire à la vue de mes deux amis dans l’eau. Je sentais, toutefois, une légère tension s’emparer de moi. Cette mer somptueuse, miroitante, calme et limpide, en apparence, m’invitait certes à me rafraîchir et, l’idée de me profiler comme une sirène à leurs côtés était fort enivrante mais… Les profondeurs d’un océan, d’une mer, ou même d’un lac, si obscures, m’avaient toujours quelque peu effarouchée. La perspective des poissons en balade, des gros, des petits, des gentils et des plus coriaces, surtout, m’empêcha, pendant quelques instants, de me jeter à l’eau. Cet univers mystérieux, que j’imaginais abondamment peuplé au-dessous de moi, me fit hésiter puisqu’il ne m’était pas venu à l’esprit, en montant en bateau, que nous pourrions nous baigner au large. 

   Cependant, neutralisant alors ma peur pour éviter qu’elle ne nuise à mon aventure, j’en réalisai au même instant l’absurdité. D’autant plus que… mes deux garnements commençaient à me regarder d’un drôle d’air, se demandant bien si j’allais les rejoindre ou non. Aussi, dans un élan d’abandon, non sans bénir toutefois ma sécurité et celle de mes compagnons, je me jetai à l’eau, faute de bien savoir plonger, en prenant soin de me boucher le nez. Ce qui, on s’en doute, les encouragea à se foutre un peu de ma gueule!

   Jamais, de toute ma vie, je n’avais sauté dans une eau aussi profonde, et je dois dire que ce fut une expérience inoubliable.

   Je me souviens qu’en me laissant tomber à la mer, je sentis mon corps traverser de tout son poids une zone sombre et insondable. J’eus cette impression de chute libre que l’on peut ressentir quand on s’abandonne à l’inconnu, en toute confiance, après avoir eu le courage de se dire oui et, immédiatement, « Ne crains rien, tout est parfait! » Dans la pénombre aquatique, après ce saut de plus de deux mètres, je remontai à la surface avec le sentiment d’être assujettie à une énergie étrange, puissante, pourtant bénéfique. Elle ne me retenait pas pour m’engloutir dans ses profondeurs, mais me soutenait pour que je puisse jouir de ses faveurs.

   La tête hors de l’eau, je m’essuyai les yeux et, bientôt, une sensation de bien-être indéfinissable me submergea. Toutes craintes dissipées, je me laissai enivrer de bonheur, emportée par le contact voluptueux de l’eau fraîche sur ma peau.

   Je regardai alentour.

   Il n’y avait que nous. Nous étions seuls au monde. Dieter faisait quelques brasses pour se dégourdir, et, plus près de moi, Joël nageait à côté du bateau bercé par le mouvement de l’eau que l’agitation de nos bras et de nos jambes provoquait. Et, à l’infini, le bleu! Que du bleu, mêlé encore à d’autres teintes de bleu sous les rayons d’or que le soleil déversait sur nous. Nous nous amusions sans souci. Pendant un instant, je m’attendris sur l’effigie des trois dieux que nous étions devenus.

   Revenus à la rive, après deux heures passées sur l’eau, nous attendîmes un ami qui devait nous rejoindre dans un des restaurants qui longent la côte de Juan-Les-Pins, le Bar de la Douce Plage.

   En attendant, nous buvions du champagne. Les jeunes serveurs remarquèrent très vite mon accent québécois et bientôt je devins le centre d’attraction. Les uns s’empressaient de me faire part de leurs souvenirs d’une dernière visite au Québec, alors que les autres me témoignaient leur désir d’y venir un jour. Je rigolais avec eux, buvais et répondais aux clins d’œil amusés de Dieter ou aux sourires de Joël. Les enfants jouaient sur le bord de la plage, les Françaises à la poitrine dénudée paressaient sur leur chaise longue et, au loin, les yachts chevauchaient la mer écumante. J’étais heureuse.

    Une sémillante jeune fille d’environ dix-huit ans, ayant aperçu Dieter et Joël, s’avança timidement vers nous. Une « connaissance », me murmura Joël à l’oreille. Nous bavardâmes ensemble en riant et en prenant une autre coupe de champagne. Puis, Dieter nous proposa de repartir en mer. Répondant à l’invitation de se joindre à nous, la jeune fille ne se fit pas prier pour nous suivre.

    __ Le retardataire nous rejoindra sans doute un peu plus tard ailleurs, me fit savoir Dieter. Le bateau lui appartient, ajouta-t-il, et, profitant de notre proximité, il vint déposer un tendre baiser sur ma joue droite.

   À peine étions-nous à bord de l’embarcation, qu’aussitôt, la jeune fille saisit le haut de son maillot de bain et le retira. Ses seins halés ne laissaient aucun doute quant à son habitude d’exposer sa poitrine au soleil.

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