Confidences – Ma vie auprès d’André Moreau

Journal 2008, 12 mars

Il y a quatorze ans, lorsque je rencontrai André, j’étais fascinée par sa philosophie qu’il appelait le jovialisme, une vision du monde élargie qui se basait sur l’importance dans notre vie du bonheur, de la conscience, de la liberté et de l’énergie maîtresse de l’univers. La plupart de ses propos, choquants et même scandaleux pour certains, bouleversaient également  mes valeurs, et pourtant une intelligence intuitive en moi en reconnaissait la portée. Séduite par l’homme charmant, tendre et génial autant que par sa pensée révolutionnaire, je désirai un jour devenir une de ses compagnes de vie. 

Deux femmes vivaient alors à ses côtés en permanence, Francine qu’il surnommait à juste titre « la Déesse », et Andrée sa fidèle typographe. Auprès de lui depuis plusieurs années déjà, ces deux femmes, cultivées et éduquées selon les principes de son système philosophique, m’ont ouvert les bras dès le début avec chaleur. Le philosophe prônait une ouverture d’esprit dans les rapports amoureux, neutralisant ainsi l’esprit de compétition, la jalousie et la possessivité. Une multitude de femmes au cours des trente dernières années s’étaient jointes à lui périodiquement pour suivre son enseignement et faire partie de ce qu’il appelait le partnership amoureux ouvert, mais beaucoup d’entre elles avaient entre-temps déserté le cercle de ses affections pour retourner à leur style de vie normal et, il faut bien le dire, souvent banal.

Le défi était de taille pour moi ! J’avais vécu l’expérience du couple standard qui avait échoué malgré un amour partagé, aussi me sentais-je prête à explorer de nouvelles avenues sur le plan amoureux. Mais voilà, auprès d’André il ne s’agissait pas seulement de vivre aux côtés d’un homme qui avait quelques femmes dans sa vie, car à part Francine et Andrée, il y en avait d’autres, il était surtout question d’apprendre à distribuer notre énergie en assumant notre propre liberté sans nous sentir éparpillées, puisque notre entente n’était pas basée sur la loi qui prévaut dans les harems mais plutôt sur une conception de l’amour où chacun, malgré les sentiments intenses et profonds qu’il éprouvait pour l’autre, préservait sa liberté et son autonomie en acceptant de se multiplier. Bref, tout en étant auprès d’André, chacune de ses compagnes demeurait libre de se faire des amants ou d’éventuels compagnons qui allaient devenir des amis d’André, car le jovialisme n’est pas une philosophie du soupçon mais de la communion.

Avant de plonger dans ce nouveau mode de vie, je ne savais pas que j’étais jalouse. Mon ex, trop accaparé par son travail, fidèle dans le sens traditionnel du terme, reluquait rarement les autres femmes. Aussi, me sentant à l’abri dans ma relation, je n’avais jamais vraiment réfléchi au problème de la jalousie.

Auprès d’André, ayant rencontré dès le début mon tyran en la personne d’une femme très amoureuse de lui qui me rendait la vie impossible, j’eus à faire un immense travail de conscience pour ne pas me perdre dans des émotions où tous mes démons semblaient refaire surface.  Le désir de le quitter pour revenir à ma vie normale et sécurisante m’amena à m’en éloigner pendant un certain temps, mais ce fut pour comprendre en bout de ligne que je ne pouvais ni ne voulais me passer d’un homme d’une telle envergure. 

Aujourd’hui, oui je peux le dire avec fierté, j’ai passé au travers de ces épreuves – dans le sens d’une évaluation d’adresse ! J’ai éduqué mes sentiments et mes émotions en sorte qu’ils ne me nuisent plus, sinon le moins possible, et j’ai appris à me sentir une femme libre, autonome, confiante, à me multiplier au lieu de me diviser. Mais encore là, le travail d’harmonie sur soi n’est jamais fini, il se fait au jour le jour par la conscience assidue que nous projetons sur tous les plans de notre existence.

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